La pomme d’Adam

Synopsis

Un jeune homme vivant dans un dénuement total découvre un crayon caché sous une plinthe de sa chambre vide. Il l'utilise pour dessiner une pomme et un couteau sur le mur, avant de sombrer dans un profond sommeil.

Réveillé dans la nuit par un bruit de chute d’objets, il constate que ses dessins sont devenus réalité. Ayant vérifié et accepté le pouvoir du crayon, il dessine un lit qui apparaît aussitôt. L’homme s’endort en tenant le crayon serré contre lui.

Un rêve l'entraîne dans une chute vertigineuse qui le réveille brutalement. Le jour est levé, l'homme est couché à même le sol. Le lit et tous les objets sont redevenus dessins sur les murs.

Comprenant que ses créations cessent de se matérialiser lorsque la lumière du jour les frappe, il condamne et calfeutre la porte et la fenêtre de sa chambre.

Après avoir expérimenté la puissance du phénomène en créant un grand nombre d’objets usuels, l’homme dessine une nouvelle porte qu'il ouvre et se retrouve devant un espace vierge, vide et lumineux.

Détenant le pouvoir de créer tout un monde, l’homme passe quelque temps à esquisser et peindre de nombreux paysages, puis sombre dans le découragement et le désespoir, indécis quant à ses choix et dépassé par l'ampleur et la complexité de la tâche à accomplir.

C'est alors qu'il dessine une jeune femme qui apparaît, apeurée et méfiante. L’homme lui montre tout le pouvoir du crayon en lui organisant un véritable festin.

Toujours craintive, la jeune femme semble accepter cette situation et se rapproche petit à petit de l’homme, jusqu’à l’entrainer dans une danse passionnée au terme de laquelle elle lui prend le crayon, avant de le blesser mortellement avec le couteau issu des premiers dessins.

La jeune femme brise la fenêtre et la puissante lumière du soleil, qui inonde alors la pièce, la retransforme aussitôt en dessin, ainsi que les objets créés précédemment. Tous redeviennent dessins sur les murs de la chambre.

L’homme se relève, indemne. Il se tient debout devant l’image de la jeune femme et, aspiré par le mur, se transforme lui-même en dessin.


Note d'intention

Un homme découvre un crayon capable de matérialiser tout ce qu’il désire.

Quelle attitude adopter lorsque l’on détient un tel pouvoir ?

Le personnage principal choisit, lui, de créer son propre univers.

Cette décision qui nous entraîne dans le monde du surnaturel, trouve un fort prolongement psycho-social. A travers une atmosphère féerique, le spectateur est amené à s’intéresser au domaine de la création et de ses conséquences, qui elles sont bien réelles.

Que ce soit dans le cinéma, la littérature ou encore la peinture, j’ai toujours été fasciné par les univers fantastiques. En supprimant nos repères habituels, ils nous placent dans le contexte de la nouveauté et de la curiosité, ils permettent le retour à la candeur de notre enfance et nous autorise à nous poser la question : « que ferais-je si j’avais le pouvoir de... ? ».

J’ai choisi de placer cette histoire dans un espace qui se veut intemporel, pour tenter d’être proche du rêve éveillé (le personnage principal vacille en permanence entre rêve et réalité). Mon souhait est de pouvoir créer une ambiguïté dans notre faculté de percevoir, au sein de l’espace diégétique, l’univers réel et celui issu des dessins.

La volonté de ne pas introduire de dialogues, lors de l’apparition de la jeune femme, sert à prolonger le silence inhérent à la première partie qui ne comporte qu’un seul personnage. Ce désir de ne provoquer aucune rupture dans la musicalité du film, avec l’intervention « brutale » de paroles, aboutit à l’établissement d’une communication corporelle chorégraphiée entre les deux personnages. L’expression des sentiments passe ici par une résolution charnelle. Cette approche donne une place fondamentale à la chorégraphie et à la partition musicale qui expriment, dans ce contexte, beaucoup plus sur l’état des personnages que ne saurait le faire la parole.

Filmer cette histoire en utilisant les nouvelles techniques de trucage numérique pour « donner l’illusion de la vie » aux créations de l’artiste et constituer une atmosphère irrationnelle et poétique, voilà qui me paraît un formidable et pertinent projet de cinéma contemporain.


Note de réalisation

A l’exception de la découverte de la fenêtre, il est fondamental que le tournage s’effectue entièrement en studio avec des décors construits.

La chambre, aux tons passés et aux murs délavés, évoque un vieux parchemin. Cet espace confiné s’oppose totalement au vide infini, immaculé et lumineux, représentant la virginité d’un monde en attente de création.

Le style d’éclairage dominant devra donc se composer d’une lumière de faible intensité, douce et chaude, aux ombres subtiles. L’image rendue sera presque monochrome dans les tons sépia. Seuls les objets créés par les dessins paraîtront plus lumineux et colorés. Comme « neufs ».

Les effets spéciaux pour l’apparition des dessins seront créés à partir d’une technique (déjà utilisée par le créateur des décors) de projection sur un tulle spécial, éclairé ou non selon l’effet désiré, qui sera intercalé entre la caméra et le mur sur lequel l’on souhaite « dessiner » l’objet. Ceci présente l’énorme avantage de ne pas avoir à créer de multiples murs sur lesquels seraient dessinés les objets à chacune de leur apparition.

Tous les objets seront photographiés et la comédienne sera filmée sur un fond uni directement sur le plateau. Ceci afin de constituer tous les éléments qui seront utilisés en post-production pour la séquence finale.

A ce sujet, il faut souligner l’importance de la qualité des effets spéciaux numériques. Leur réussite dépend en tout premier lieu du support utilisé. Après de nombreux échanges et réunions de travail avec des spécialistes, nous avons défini avec le directeur de la photographie que le format le plus adapté serait celui du cinéma numérique en 2K.

Les mouvements de caméra seront rares et uniquement justifiés par l’action. Comme dans un tableau animé, le cadre sera ouvert sur une action prépondérante. A l’exception de la vision depuis le monde vierge, notre regard est entièrement dirigé vers l’intérieur de la boite. Le dénouement, amorcé par la chorégraphie des deux personnages, sera l’occasion de se « libérer » de cette contrainte et d’accompagner le tourbillon cataclysmique initié par la « retransformation » brutale des dessins.

Le film ne comportant pas de dialogues, la partition musicale tiendra une place particulière, mais devra cependant rester sobre. « Mettre en musique les silences », telle pourrait être la consigne de base du travail de création musicale.

Concernant les chorégraphies, nous nous orientons vers un travail privilégiant les oppositions et les contrastes en jouant notamment avec les capacités physiques des personnages et leurs évolutions.