La face cachée de la dune

La dune du Pilat offre au million et demi de visiteurs qui l'escaladent chaque année un exceptionnel point de vue sur l’océan et la forêt. Mais bien au-delà de cette vision touristique habituelle, ce monument de sable est le centre de discordes économiques, sociologiques et environnementales du seul fait de sa mobilité.

Michel est ostréiculteur sur le banc d’Arguin, au milieu des passes du Bassin d’Arcachon. Depuis sa plus tendre enfance, il fréquente le banc de sable dont les contours se modifient sans cesse. Situé au pied de la dune, ce paysage grandiose constitue son univers quotidien.

Camping de la Dune

Sébastien est propriétaire du camping de la dune, célèbre depuis qu’il a accueilli le tournage des films Camping et Camping 2 de Fabien Onteniente. Adossé à la dune, il doit sans cesse lutter contre l’envahissement du sable.

Ces deux personnages semblent vivre dans des univers bien différents. Pourtant seule une dune de sable les sépare : la grande dune du Pilat qui forme une véritable frontière entre l’océan atlantique et la forêt des landes de Gascogne.

Dune du Pilat

Loin des considérations contemplatives de l’un, ou plus triviales de l’autre, la dune du Pilat fascine les esprits et façonne les modes de vies. Au-delà des préoccupations humaines, cette énorme montagne de sable qui culmine régulièrement à plus de 100 mètres au-dessus du niveau de la mer et qui progresse inexorablement vers l’intérieur des terres est aujourd’hui la plus haute dune d’Europe.

Cette évolution permanente, unique en son genre, n'est pas vécue de la même façon par un ostréiculteur qui élève ses naissains à l'ombre de la dune que par un commerçant qui exploite l'attrait touristique de cette dernière. En effet, la dune du Pilat joue un rôle majeur dans l’économie locale et régionale ; cependant, son déplacement de plusieurs mètres par an finit par mettre à mal nombre d’installations et de terrains privés.

Camping de la Dune

Chacun à sa manière, avec sa vision particulière, Michel l’ostréiculteur et Sébastien le propriétaire de camping ne font que percevoir une seule et même chose : les éléments naturels évoluent, non par une volonté délibérée, mais par des phénomènes physiques bien connus des scientifiques.

Ce paysage, toujours changeant, qui émerveille Michel et contrarie Sébastien, s’explique par les variations climatiques et la force des vents qui, jour après jour, arrachent le sable d’un versant pour le déposer sur l’autre. De même que les longues traces noires visibles sur le versant océanique, ne sont pas les résurgences d’une nappe de pétrole enfouie sous la dune, mais les vestiges de sols anciens et de leur végétation recouverts par le sable.

Bassin d'Arcachon

Malgré sa forme ondulante et son lent déplacement qui lui donne des aspects de tortue géante, la dune du Pilat ne se préoccupe pas des contingences humaines. Comme tous les tas de sable nus à la surface de la terre, elle ne fait que suivre les lois de la physique et de la géologie. Et si vie il y a, celle-ci est à chercher sur ou autour de la dune, à travers la végétation qui cherche à s’accrocher à ses parois ou les animaux qui s’aventurent sur son sable, ou encore les hommes qui la côtoient, l’admirent et l’exploitent.

La dune du Pilat reste un environnement complexe en perpétuel mouvement.


Note d’intention

La dune du Pilat est, de fait, une synecdoque de la nature. Elle est tour à tour source d’émerveillements ou de revenus, ennemie ou amie, génératrice de vie ou de mort suivant le point de vue et le versant où l’on se trouve. Elle avance, simplement, sans aucune considération des préoccupations humaines.

Les deux faces de la dune

C’est le tripartisme qui structurera notre documentaire : du côté de l’océan, la vision sensible de l’ostréiculteur sur la face ouest à la géométrie horizontale colorée de toutes les nuances de bleus et d’or ; du côté de la forêt, le pragmatisme du commerçant avec pour paysage une pente verticale et aride se heurtant au vert sombre des pins. Entre ces deux points de vue quelque peu antagonistes, la médiation des scientifiques et des spécialistes nous expliquera les mécanismes qui se cachent sous ce sable blanc aux formes mouvantes.

Ce discours à trois voix n’est pas si fréquent en France où, même si les préoccupations écologiques pointent vaguement le bout de leur nez, la nature est principalement vue comme un obstacle à surmonter, voire à abattre. Il suffit de regarder les jardins à la française où tout est ordonné, artificiel et maitrisé ainsi que les nombreuses oppositions dès qu’il s’agit d’introduire une espèce sauvage quelque part pour s’en convaincre.

Ostréiculteurs du banc d'Arguin

Ce documentaire sera aussi l’occasion de briser cette vision structuraliste initiée par Buffon et tempérer l’angélisme un peu béat des amoureux de la nature en leur proposant une troisième approche : celle d’une nature qui n’est ni un ami bienveillant, ni un ennemi à détruire, mais simplement un tout dont nous faisons partie.

Pour justement replacer l’individu dans le contexte d’une nature prédominante, toutes les interviews seront filmées en extérieur, sur la dune même ou ses abords. Outre le fait d’impliquer les intervenants sur le terrain, cette solution présente l’avantage de réduire le matériel nécessaire à l’éclairage et par conséquent les coûts.

Les deux faces de la dune

Notre volonté de transmettre le côté « hors normes » du site, l’étirement et l’horizontalité de ce paysage côtier, nous oriente naturellement vers un tournage en format HD. Pour sa définition, sa qualité d’image, et son économie, l’utilisation d’une caméra XDCAM HD, semble aujourd’hui incontournable dans ce type de film.

Les tournages devront s’organiser en plusieurs phases réparties dans le temps, sous des conditions climatiques variables, afin de présenter le site non seulement par temps calme et ensoleillé, mais aussi sous des cieux moins cléments plus à même de nous faire comprendre les phénomènes produisant ces fameux « mouvements perpétuels » côtiers.

Panneau camping

Résolument orienté grand public, ce documentaire devra être soutenu par une narration féminine en « voix off » qui apportera une âme à ce monument naturel « vivant » et une unité à l’ensemble du sujet.

Les habillages, ainsi que les schémas et les animations nécessaires à l’illustration des propos scientifiques, seront tous présentés sous la forme d’une infographie originale et cohérente, formant un ensemble et un esthétisme propre à ce documentaire.